N° Agri’écoute - Agriculteurs/trices - augmenté le 23.12.20

Association France Prévention se permet de dire non au suicide car son expérience analyse que beaucoup de personnes échappées n’ont plus du tout l’intention de suicide après avoir été accompagnées par des spécialistes sérieux.

Sylvie Michèle BRIERE, présidente 2019

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Le trop silencieux suicide des paysans

par Jérôme Besnard, paru dans ACIP – 07/12/2020

Un rapport parlementaire souligne la persistance d’un taux élevé de suicide chez les agriculteurs français. C’est dans une indifférence quasi-générale que la souffrance psychologique s’est installée durablement, depuis plusieurs décennies dans des pans entiers de notre agriculture. Le suicide des paysans émeut bien sûr, mais n’a jusqu’ici pas produit en retour de politiques publiques dignes de ce nom pour endiguer le phénomène. Le député LREM du Lot-et-Garonne Olivier Damaisin, 54 ans, a remis mardi 1er décembre au Premier ministre un rapport présentant des pistes pour accompagner plus précocement les agriculteurs en difficulté et tenter d’enrayer les suicides qui endeuillent régulièrement la profession. Il en a détaillé le lendemain les 29 préconisations au ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. L’élu centriste s’était vu confier cette mission par le gouvernement d’Edouard Philippe lors du Salon de l’agriculture, au mois de février dernier. Il avait initialement un délai de six mois pour remettre la version définitive de son rapport, mais le calendrier a été bousculé par la crise sanitaire. Pour la seule année 2015, 372 suicides d’exploitants agricoles ont été recensés, soit plus d’un par jour, selon les statistiques les plus récentes de la Mutualité sociale agricole (MSA), branche paysanne de la Sécurité sociale. Le député, qui regrette dans son rapport l’absence de données actualisées, souligne que ce nombre est réputé en deçà de la réalité, des décès étant susceptibles d’être comptabilisés comme accidents du travail, par exemple. Ce rapport préconise dans un premier temps des petites solutions capables d’enrayer en partie cette vague durable de suicide dans le monde agricole. Ces mesures ne nécessiteront pas forcément de passer par la voie législative, bien embouteillée comme on le sait. Une « surmortalité statistique par suicide pour les exploitants agricoles, comparés à la population générale, a été mise en évidence », rappelait en juin l’observatoire national du suicide. Cette surmortalité est « particulièrement marquée chez les éleveurs bovins (lait et viande) âgés de 45 à 54 ans » Si le constat est sombre et les réponses qu’il appelle complexes, Olivier Damaisin veut croire qu’un « tabou » a été brisé depuis la sortie en septembre 2019 du film « Au nom de la terre », tourné en Mayenne, qui a remporté un vif succès en France, avec deux millions d’entrées en salles, principalement dans la France périphérique, ce qui montre au passage le désintérêt des urbains pour le sujet. Basé sur l’histoire vraie du père du réalisateur Edouard Bergeon, l’acteur Guillaume Canet y incarne un éleveur volailler pris dans la spirale du surendettement, qui sombre dans la dépression avant de mettre fin à ses jours. S’il a le mérite de marquer une prise de conscience politique sur le sujet, le rapport Damaisin a déjà ses détracteurs, qui lui reprochent de minimiser la question du revenu agricole. Bien sûr l’argent n’est pas la seule cause du suicide chez les agriculteurs. Mais on ne peut nier que le facteur déclenchant est souvent lié à une faillite et au surendettement. La solitude, le harcèlement écologique ou la désertification rurale sont des causes secondaires, même si une réponse politique peut y être apportée : maintien et des services publics des services publics, aide au tissu associatif, aménagement du territoire… Des réponses sociales qui ont leurs limites, il faudra bien passer un jour aux réponses économiques et politiques, sous peine de voir perdurer la grande souffrance de nos campagnes françaises. Le montant réel du revenu agricole demeure un tabou, tant il dérange. L’État pourrait seul le faire, comme il pourrait lancer une réflexion sur le rôle social et environnemental des agriculteurs, ces artisans des paysages et ces moteurs de la ruralité. Les agriculteurs français veulent simplement faire vivre leurs familles du fruit de la terre et de leur travail. Il est à craindre que, les fêtes arrivant et le Salon de l’agriculture 2020 étant annulé pour cause de pandémie, on ne reparle plus beaucoup de ce rapport. Le plus souvent, et malgré la crise des Gilets jaunes, la détresse paysanne demeure silencieuse et intériorisée.

 
 
 
 
 
 
 
 
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