ALERTE - JEUX VIDEOS & ENFANTS

F. A. Le 13 avril 2019

Docteur en psychologie

Chef d’établissement scolaire

Formatrice d’enseignants

TO

Sylvie Briere

Présidente de « l’Association France Prévention »

 

42 bd Gouvion Saint Cyr, Paris 75017

Madame la Présidente,

 

Il m’a semblé de ma responsabilité citoyenne et professionnelle de vous alerter sur un jeu vidéo dont je découvre les effets sur les jeunes et leurs familles.

C’est en tant que psychologue clinicienne que j’ai été interpellée la 1re fois.

Les familles consultaient pour de jeunes enfants entre 7 ans et 13 ans, lesquels manifestaient des comportements d’impulsions agressives, de colère, de menaces envers leurs parents. Au cours des entretiens, j’ai pu noter leur passion pour un jeu « F », jeu qui, à sa simple évocation, les transfigurait par la brillance du regard, le sourire éclatant, distinctement des marques de souvenirs à connotation fort agréable.

Les parents de ces enfants n’avaient plus les moyens de contrôle sur l’utilisation de ce jeu sous peine de crises de plus en plus violentes : Violences verbales, coups répétés envers la fratrie, menaces de fugue, de suicide, enfermement des parents à clef, destruction de mobilier…

La démarche de ces parents s’avère difficile, parce qu’ils prennent le risque de montrer une forme d’impuissance dans leur éducation, ce qui signifie qu’à mon sens, ce sont au contraire, les plus conscients et avertis qui consultent !

J’ai été aussi interpellée par ce jeu (et d’autres) en tant que Chef d’établissement scolaire. J’ai découvert avec l’équipe enseignante que certains élèves confiaient être obligés, après avoir joué à F, de regarder des dessins animés pour se calmer.

Ce jeu semble les poursuivre jusque dans leur journée d’école, puisque nous avons le témoignage d’enfants qui « ont ce jeu dans la tête » et qui craignent de découvrir le soir en rentrant que leur personnage F été « malmené » en leur absence, obsession qui les stressent considérablement.

Les parents ignorent la plupart du temps que leurs enfants jouent en réseau, souvent des enfants de la même classe, et j’ai constaté l’exclusion en récréation de ceux « qui ne jouent pas » ainsi qu’une recrudescence de bagarres dans la cour. Si ces « échanges physiques » appartiennent à la construction de notre humanité, ce phénomène très humain « de socialisation » a pris d’autres formes, plus violentes et plus inquiétantes pour l’éducatrice de fin de carrière que je suis.

Les enfants ont de moins en moins conscience des douleurs qu’ils infligent aux autres dans leurs luttes, et les sentiments d’empathie deviennent très complexes à éduquer. Il n’est pas rare qu’un enfant de 8 ans ne réalise pas qu’il fait mal. Les coups sont devenus une expression de plus en plus « normalisée » alors que c’est un âge où l’évolution du comportement social devient visible.

Les enfants font alors état d’un comparatif entre les bagarres et leurs jeux vidéo.

 

Je reste à votre disposition pour vous d’autres informations.

 

Je vous adresse, madame la Présidente, l’expression de toute ma considération.

Françoise Astolfi