L’auto-validation

L’auto-validation

L’auto-validation ou la justification de ses actes sont courants : ’je le fais pour ton bien’.

Sentence qui tombe comme un couperet sur la tête de celui essaie de se faire remarquer en accomplissant quelques bêtises récurrentes et provocatrices ou désobéissantes et même, ce qui est souvent le cas, en sortant une vérité, celle qui « tue » par son évidence.

 

Cette justification, par soi-même, de tout ce que l’on est, fait que l’on exerce un aval plus ou moins despotique sur l’autre, un(e) autre, les autres. Il arrive que se soit par héritage que l’on répète les comportements mais on y a ajouté l’acceptation.

Avant cette étape, le futur couronné passe souvent par une période d’auto-suggestion où il se donne toutes les raisons de croire qu’il a les bons sentiments, les légitimations ou les droits de faire et dire ce qu’il accomplit. Dans ce processus, il y a très peu de place pour l’écoute et le partage. Les acquis sont fixes et légitimés.

 

Il n’est pas question, ici, de l’exercice d’une autorité classique et normale à l’organisation d’une maison ou d’une entreprise. Le sujet soulève les notions de rigidité et d’autoritarisme. Cela peut aller jusqu’à la prise de décisions totales pour l’autre : ’De toutes façons, tu es incapable de penser par toi-même !’ ; « tu n’y connais rien » ou ’ Tu es un (e) garçon/fille » et ainsi de suite.

 

Il y a des bien fondés qui n’en sont que pour l’une des parties. Voici un exemple supplémentaire :

’ Tu n’es pas d’ici donc tu n’es pas chez toi !’. Cette déclaration peut s’accompagner dans l’ombre, de toutes les exclusions possibles pour que « l’étranger » ne soit jamais chez lui.

 

La question apporte la nécessité de réfléchir sur les critères de l’autre et découle normalement sur leur intégration, bien sur.

Lorsque le bannissement est repris par un clan local qui ne manquera pas de s’élargir, il y a peu de chance que ’l’étranger’ soit en capacité de trouver un travail, de vivre une vie sereine même dans son propre jardin. En général, on lui attribuera tous les fantasmes, ne demandant qu’à se réaliser, de dépravations, d’inaptitudes ou de malhonnêteté. Et si il tombe malade ou que ses enfants souffrent, tout sera de sa faute, unique faute : pas assez ceci, pas assez cela, trop ceci, trop cela !

 

A ce jour, les institutions nomment cela de la discrimination, le stade supérieur étant l’exclusion.

Seulement, elle coure partout et en tout ou presque. Elle est devenue un sport de haut vol qui pend au nez de tous et toutes. On la trouve drôle quand on en est l’acteur.

 

Le sujet, lui, est choisi sur des critères assez communs comme le sexe, la race, le régime matrimonial, les opinions religieuses ou politiques et surtout l’isolement ou la précarité professionnelle. Si tous ses critères ne sont pas remplis, une main « verte » s’emploie à les fabriquer ou à en trouver d’autres. Un grand sport de l’esprit que la médisance, porte d’entrée à toutes les discriminations.

Le mot utilisé est bien médisance (donc couperets sans conclusions) pas observations suivies de remarques pour évoluer et transformer ses travers.

Cette méthode est utilisée à hautes doses, dans les trafics mafieux de tous bords : proxénétisme, drogues, armes, vols et divers délits plus ou moins lourds, y compris les détournements financiers. Elle n’est pas homologuée mais elle a démontré sa grande efficacité, depuis toujours. Pourtant aussi fatigante, voire plus, que la recherche de vertus, elle joue avec sa plus grosse prise de risques qui est de se perdre soi-même.

 

Pour revenir à « l’étranger », si toutefois, il lui vient d’en avoir rien à faire, on viendra le provoquer jusqu’à la diffamation (qui entraîne une forme d’humiliation…) puis les menaces et les coups bas tenteront de l’achever et cela depuis pratiquement des siècles. Qui dit que mode se passe ?

Ce stratagème révèle ceci : le clan est bien embêté. Soit « l’étranger » est vraiment tout puissant et particulièrement machiavélique ou on e reconnait comme délinquant dangereux et l’on délègue aux instances spécialisées. Soit, il est un citoyen un peu moins ordinaire que les autres, qu’il devient gênant et concurrentiel et que son élimination semble plus rapide en lui « jetant le discrédit »
On appelle ça un pousse au crime ou au suicide. C’est juste bien de le savoir.

 

La justification de base est la différence. Elle entraîne toutes les autres. En principe, l’agitateur n’est pas un clochard local ou un dépendant qui n’a aucun aval sur personne, ou alors, il n’aurait plus rien à perdre, y comprit sa vie. Il faut forcement disposer d’une puissance, quelque soit les personnes sur laquelle, elle s’exerce.

 

Une fois que la couvaison est en route, il suffit de jouer avec des outils faciles comme la rumeur, la peur, la jalousie, l’envie, voire la méchanceté et même la paranoïa (dans le vrai sens du terme) pour que le groupe s’élargisse. Au final, personne ne saura plus pourquoi mais ’l’étranger’ sera définitivement hait.

Tout est utile pour les frissons.

 

Il y a deux petits inconvénients au système :

Si ’l’étranger’ part, le groupe pensera qu’il a eu raison et se sentira gagnant. Mais le leader, lui, étant dans son processus d’auto-validation qui entraîne le toujours plus, va se renforcer sur ses demandes impossibles à tenir et il lui faudra une nouvelle cible qui confortera son besoin de supériorité.

Si ’l’étranger’ reste, il sera la mémoire vivante d’une opposition constante, uniquement par sa présence.

La mise au banc d’une petite société locale est pour certains un jeu d’enfant. Aucun impact réel, juste un divertissement et même un effet du genre : ’bien content que ton cerveau soit en ébullition pour moi ’l’étranger’, ça me donne beaucoup d’importance !’

 

L’auto-justification va parfois beaucoup trop loin, elle permet à un tueur ou un violeur de s’innocenter : ’Tu n’as pas fait ce que je disais donc voilà je te punis !’. Ce tueur et ce violeur peuvent finir leur parcourt en niant totalement leurs actes et surtout la valeur de ceci. Cela est constaté durant les massacres de civils durant les guerres. Aucune sensibilité, juste des actes accomplis pour une cause.

Cette auto-validation pourra faire dire : ’elle (la victime) l’a bien cherché’. Ses déclarations sont, soit des signes de consentement, soit ceux d’une obéissance par la peur.

Le bannissement de toute une population (les juifs par exemple mais aussi les noirs, les arabes, les femmes, les homosexuels… tour à tour et pour ne citer qu’eux) a pu se faire encore plus facilement puisque l’on avait raison. Raison de quoi, plus personne ne se souvient, excepté d’avoir raison.

 

A l’origine, nous descendons tous du même couple ou nous sommes issus de la progression. Puis nous sommes tous exceptionnellement différents : les uns ne font pas popo, ne mangent pas, ne se lavent pas, ne meurent pas et sont nés par une opération inexpliquée car ils sont… Unique !

Problème : la phrase est étrange et on la nomme pléonasme.

Il est vrai qu’être vivant et libre peut paraître dangereux pour ceux qui se sont auto-valider dans leurs carcans dont ils sont conscients et qui les fait redoubler de ferveur pour eux. Et là, on ne parle toujours pas de hiérarchie fonctionnelle, organisatrice et positive. On parle de ce que l’on nomme chez les psychanalystes de ’psychorigidité’, un prototype en cours d’essai, sans initiative, juste des modes de fonctionnements et des auto-validations justifiant toujours ’c’est pour ton bien’.

 

Encore un petit dérapage dans ce mode : il conduit forcément un jour à s’apercevoir que l’on a commis une erreur essentielle : se prendre pour ce que l’on n’est pas du tout, c’est à dire PARFAIT !’

Comme pour tous, la jalousie, la méchanceté, l’envie, la colère, l’intolérance, la bêtise, l’égoïsme se cachent au fond de soi.

La particularité de l’auto-validé est qu’il les considère comme de belles qualités et justifient par elles tous ses actes en déclarant son sacre et sa victimisation, dans le même mouvement.

 

Pas beaucoup de brèche dans le processus et c’est souvent pour cela que ’l’étranger’ s’en va. Il n’est pas entièrement fou.

Par contre, ce n’est pas amusant du tout quand « l’étranger » utilise les mêmes méthodes.

 

Et c’est trop drôle quand ’l’étranger’ n’a pas envie de sauver sa peau en fuyant !

Sylvie Michèle BRIERE