Intoxications et piles-bouton

Cet article a été repris dans ses principaux points pour que les parents et les accompagnants d’enfants s’attachent aux objets dangereux. Dire que cela n’arrive qu’aux autres est inadmissible. Protéger un enfant, c’est mettre les moyens dont lui a besoin pour son développement moral et physique.

Sylvie BRIERE,présidente.

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Dr Maia Bovard Gouffrant

| 28.09.2018

LeGénéraliste.fr

  • Piles VOISIN/PHANIE

Après le décès d’un enfant de deux ans lié à l’ingestion d’une pile bouton au lithium 3 semaines auparavant, un communiqué de presse conjoint de la DGS, de l’ANSES et de la DGCCRF rappelle les dangers de l’ingestion de piles et de la nécessité d’intervenir en urgence. Des accidents graves, parfois mortels, liés à l’ingestion de ces piles bouton par de jeunes enfants sont régulièrement signalés par les centres antipoison. La DGS rappelle qu’en cas d’ingestion, même supposée, d’une pile bouton, il faut contacter immédiatement le 15 ou un centre antipoison en indiquant explicitement qu’il s’agit de l’ingestion d’une pile bouton. « Chaque minute compte ! », précise le communiqué.

Même en l’absence d’obstruction des voies respiratoires ou d’autres signes, l’ingestion d’une pile bouton représente un danger grave pour un enfant, En effet, une pile avalée peut entraîner très rapidement la formation de lésions potentiellement mortelles.

Avec plus de plus de 1 200 consultations aux urgences chaque année, l’ingestion de piles par les enfants est relativement fréquente, et son incidence est en augmentation. Il s’agit en grande majorité d’enfants de 0 à 5 ans, des garçons le plus souvent.

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Toxicité tissulaire, œsophagienne surtout

Les complications liées à l’ingestion de piles dépassent celles observées avec les autres corps étrangers. Le risque de ces piles au lithium n’est pas soi le passage systémique du lithium, la lithémie restant bien inférieure au seuil toxique. Le risque essentiel est celui de lésions tissulaires œsophagiennes, liées à la corrosion engendrée par le contact des électrolytes avec la muqueuse humide et provoquant des ulcérations voire une nécrose de la muqueuse qui peut survenir dans les deux heures suivant l’ingestion. Les brûlures électriques liées au passage d’un faible courant entre la muqueuse et la pile et la compression mécanique de l’œsophage sont aussi impliquées.

Le risque de complication est d’autant plus important qu’il s’agit de piles au lithium, que leur diamètre est supérieur à 20 mm, que l’enfant est jeune, et que le contact est prolongé. Les complications les plus sévères surviennent le plus souvent lorsque la pile s’est enclavée au niveau œsophagien. A court et moyen terme, la pile peut provoquer une hémorragie, parfois massive, une perforation, des fistules trachéo-œsophagiennes et aorto-œsophagiennes, une médiastinite. À plus long terme, la nécrose circonférentielle de la muqueuse peut entraîner une sténose œsophagienne.

Deux heures pour retirer la pile

Il est impératif d’extraire la pile dans les deux heures suivant son ingestion, mais celle-ci peut être méconnue. En cas de doute devant une symptomatologie digestive atypique, il faut réaliser une radiographie cervicale et thoracique de face et de profil. La surveillance doit se poursuivre après extraction de la pile, le phénomène d’électrolyse persistant et pouvant se compliquer jusqu’à 3 semaines après son retrait.

 

1- Oesophageal lesions following button-battery ingestion in children : Analysis of causes and proposals for preventive measure, Lahmar & al, European Annals of O