L’Agriculture moderne - Environnement

Quelles solutions s’annoncent ?

L’agriculture a besoin de bras et d’innovations. Le message est écrit.

Agriculture - Trois questions à Bernard Lannes

président de la Coordination Rurale

Propos recueillis Par Laurent Dornon, chargé de mission « agriculture » Au Carrefour des Acteurs Sociaux et au Partenariat Eurafricain

Bernard LANNES, est président de la Coordination Rurale, deuxième syndicat agricole français, créé en 1991 en réaction aux positionnements favorables de la FNSEA à la Politique Agricole Commune. Depuis, la Coordination Rurale continue d’affirmer la nécessité d’actions concrètes pour que les exploitants agricoles vivent des revenus de leur travail, que les jeunes générations pren-nent place, pour la performance sociale, culturale et environnementale. D’une certaine façon, la Coordination a été un pionnier pour soutenir certaines ambitions politiques. Dans l’univers actuel propice à bien des crises, son avis nous semble important.

1

Extraits

France Prévention donne les extraits qui lui semblent les plus en rapport avec ses actions/réflexions et ses principes poussant à faire évoluer une situation.

Ici, nous insistons sur les déséquilibres entre le besion réel et les productions, les idées et les réalités.

Bernard LANNES :

Sur la question des produits phytosanitaires, il faut savoir qu’en France nous appliquons des règles draconiennes pour ranger les produits, « comme des pharmacies agréées ». Nous sommes formés pour les utiliser quand c’est nécessaire et la précision des appareils de pulvérisation s’est considérablement améliorée. Ailleurs, l’usage des produits phytosanitaires est démesuré et surtout, certains produits dangereux et interdits depuis des décennies en France sont utilisés pour cultiver des produits que nous importons. On les consomme sans que personne ne trouve rien à redire parce qu’ils sont moins chers.

2

J’ai gardé la lettre du ministre Didier Guillaume dans laquelle il écrit :

« Merci, vous tenez bon ». S’il y a eu 240 000 volontaires, tous n’étaient pas prêts ou disposés à travailler. Il ne faut pas croire aux miracles. Il y a eu des volontaires mais certains travaux comme ramasser des fraises et les mettre en barquettes se révèlent exigeants. Beaucoup de fruits et légumes ont été perdus, laissés dans les champs. La venue de travailleurs portugais, espagnols ou polonais représente l’équivalent de 600 000 emplois.

Beaucoup sont des travailleurs détachés qui viennent se chercher un salaire qui correspond à celui d’un cadre dans leur pays. Ils savent travailler et sont habitués. Mais ils vivent parfois dans des conditions déplorables, ce qui tire les prix vers le bas. Alors comment résoudre cette situation ? D’abord il faut cesser de dénigrer le travail agricole et particulièrement celui des saisonniers. Travailler dans les champs n’est pas plus contraignant que de travailler dans les stations de sport d’hivers ou l’été dans les zones balnéaires. Il faut l’accepter.

Par ailleurs, le prix de vente doit être rémunérateur pour la production, le salaire et le capital investi. Et encore, c’est peu de chose. Savez-vous que dans une baguette de pain à 1 euro, il n’y a que 3 centimes de blé ?

3

France Prévention transmet l’extrait de réponse concernant aussi ses engagements.

Plusieurs associations urbaines et de banlieues se sont mobilisées, sans avoir de réponse, pour suppléer à la défaillance des divers saisonniers marocains ou polonais. Pensez-vous que de telles initiatives aient pu contribuer à redonner un sentiment d’appartenance à la « nation » ?

Le sentiment de « faire nation » a été évoqué, il en restera quelque chose. Mais il faut structurer les circuits alimentaires en incluant la restauration hors foyer. Ce qui importe aux agriculteurs c’est d’avoir une visibilité et de pouvoir écouler de gros volumes, mais pour ça, il faut des engagements sur le long terme. Lidl sait le faire sur 5 ans pour la génisse de blonde d’Aquitaine. On devrait di-versifier l’idée et réfléchir également à des « légumeries ». Enfin, il faut sortir des accords commerciaux bilatéraux signés avec des pays hors UE qui livrent une concurrence déloyale à nos agriculteurs qui, quant à eux, doivent produire selon des normes environnementales très exi-geantes.

En France, nous avons des ressources et des territoires dont plusieurs sont en voie d’abandon. Des zones entières d’élevages pourraient passer facilement en production « biologique ». Pour cela, il faut le vouloir et l’accompagner par des politiques qui aident à la reprise des exploitations familiales.

Sylvie.Michèle.Briere-2024
Revenir en haut
Soutenir par un don