L’adulescence ou un passage qui ne se fait pas.

L’adulescence ou un passage qui ne se fait pas.

Pour évoquer l’adulescence, il faut passer par l’adolescence que tout le monde ou presque pense connaître. Nous en comprenons universellement qu’il s’agit d’une période de transition entre l’enfance et la vie d’adulte, de 12 à 17 ans environ. Certains parents penseront, non sans humour : « Oh ! La la !

Nous savons également que l’adolescence s’accompagne de changements physiques dont le principal est une croissance conduisant vers un aspect physique définitif (acquisition de la taille en hauteur). Une autre évolution se manifeste par l’apparition de l’activité sexuelle féconde. Ce sont des enjeux très concrets qui lors de la transformation provoquent des soubresauts d’humeur, des inquiétudes plus ou moins importantes et quelquefois, une joie, une légèreté. Ces évolutions naturelles se marquent également d’interrogations sur la personnalité et sur le devenir. Le jeune a besoin de conquêtes sociales mais il a aussi un féroce besoin de réponse à ses questions existentielles pour lesquelles l’adulte ne comprend pas toujours le sens ou même l’existence. Car l’ado fait dans l’exclusion de l’adulte et se réfugie chez les copains du même âge. Il a souvent un petit côté rebelle où il est question que « lui, il fera mieux en tout et que les vieux sont lourds ». Ce sont des schémas utiles pour sa chrysalide et son arrivée dans le monde de l’adulte où il est censé finir sa vie.

Lors de cette mue, nous comprenons, nous spectateurs, qu’une ébullition forte a lieu et que le corps hormonal s’active alors que la tête fait ses explosions de schémas enfantins. Ce n’est pas si simple et c’est souvent douloureux. Il y a une bousculade et lorsque la situation ne se maîtrise pas entre affect et corps, il y a des complications qui s’inscrivent pour l’avenir et le devenir.

Normalement, la plus grande majorité d’individus assume ses nouvelles marques identitaires par des négociations réussies. Il n’y aura pas de turbulences psychologiques majeures même si ce passage contient souvent des angoisses, des doutes et des inquiétudes sur la notion de « belle vie », de « vie réussie » ou plus simplement de « vie simple » et de « vais-je y arriver ». Quelque soit les approches, l’adolescent devra abandonner son mode relationnel avec ses parents, sa famille, son entourage et en construire un autre. Cette période entame celle des responsabilités. Le jeune s’affranchit d’une autonomie morale et décisionnelle, il devient par paliers, un décideur autonome. Le tout est, que cette indépendance, a besoin d’un équilibre global serein et solide, tout à la fois. Le contexte autant parental, familial que sociétal est hyper important pour consolider l’adolescent, fille ou garçon. Le relationnel entretenu avec la famille change et les camarades vont prendre une place primordiale.

Les adulescents sont des jeunes dont l’âge se situe entre 24 ans et le début de la trentaine. Leur particularité est de chercher leur autonomie psychologique, ils tentent de se positionner dans les responsabilités courantes mais sans que le succès soit constant ou même parfois, on les observe en échec d’intégration.

Le terme d’adulescent est une contraction du mot « adulte » et du mot « adolescent ». Généralement, ce sont des adultes qui s’identifient à leur enfance et jeune âge. Ils ont un peu de difficultés d’adaptation, ils ne trouvent pas tout à fait le tremplin qui leur fera franchir le cap de la maturité.

Si une partie de cette population subit le chômage, l’autre partie est relativement bien insérée et elle étudie ou exerce un métier.

Leur caractéristique principale est leur recherche de confiance, leur lutte contre le doute de l’existence et leurs tentatives pour franchir leurs inhibitions.

La plupart du temps, ces jeunes individus sont encore dans une phase de positionnement de leur personnalité. Ils tentent donc de s’accepter et d’opérer des séparations en s’appuyant sur la vie psychique et une fonction parentale rassurante mais passée et même dépassée par leur situation d’âge. Leur but est pourtant de faire appel à leurs ressources internes pour renforcer leur confiance en eux et se sentir en sécurité.

Dans une société du doute , de la peur et de l’impuissance, de l’immaturité mais aussi de l’infantilisme, les jeunes gens et jeunes femmes auraient une tendance marquée à se maintenir dans des registres, des références attenant à l’enfance confortable et ils auraient peine à devenir plus matures et adultes.

L’ambiance est paradoxale, d’un sens, on prétend à l’autonomie des très jeunes enfants (crèche, école maternelle) et de l’autre, on observe des jeunes post ados qui ne se développent pas vers leur maturité d’adultes malgré leurs souhaits profonds d’être indépendants.

Et si l’opération « maturité » ne se déploie pas, les adulescents finissent par croire que tout est malléable en fonction de leurs intérêts stricto sensu. Ils ne sont pas forcement dans l’ego, ils se situent plutôt dans le mal-être de n’être personne ou d’être indéfini et surtout, assez impuissant. Ils n’ont pas de positionnement de fuite mais bien, une attitude de ne pas… Celle qui avance et recul faute de confiance. Celle qui estime qu’il est meilleur de rester petit car c’est moins compliqué et puisqu’on est petit, on demande aux adultes de tout faire à sa place.

Il y a un autre aspect central à cette difficulté de grandir car la société développe des concepts de jeunesse affriolante, où tout est réalisable et beau, où le rêve adoucit en permanence le psychisme maltraité par les réalités quotidiennes et obligatoires. La rumeur ou l’ambiance sociétale confronte les jeunes aux paradoxes de l’enfance contre l’âge adulte (ennemi par la vieillesse) que la vie rend incontournable. La jeunesse prend une tournure d’éternité ou encore de lutte pour la conserver. Et cette prolongation provoque une indétermination dans les choix de plus ou moins longs termes.

Il y a une forme de conflit à comprendre les priorités, les besoins, les valeurs. Ces jeunes gens et jeunes filles ne se sentent pas investis par le choix, ni l’obligation. Ils ne s’interrogent pas sur leur indépendance.

Lorsqu’un petit est trop seul ou encore face à des épreuves insurmontables pour son psychisme, il se met en défaut avec lui-même et cela involontairement. Il s’agit d’un processus et ce, malgré l’entourage qui n’a pas toujours une influence négative volontaire. Ici, il s’agit d’un concours de circonstances ou d’accident ou de déficit relationnel par ignorance. Il y a peut-être une blessure morale qui se niche quelque part. De celles qui touchent l’émotion ou l’affectif, dans la plupart des cas.

Un enfant dont le père est parti et dont la mère sollicite l’autonomie parce qu’elle est seule, est placé devant une possible notion d’abandon. L’enfant devenu adolescent peut formuler une solution à sa situation en ne pas grandissant pas.

Il y a aussi l’enfant qui lutte contre un parent « dangereux » et qui défend l’autre parent d’un couple en dysharmonie. L’effort produit par l’enfant pour protéger l’adulte devient au fil du temps un poids. Il se nommera échec si l’enfant ne pas réussit la mission qu’il s’est donné. Le manquement se localise sur l’impossibilité, l’enfermement face à une impuissance et à une démesure. L’enfant (adolescent) n’étant pas apte, à juste titre, sera obligé pour se protéger de rester enfant dans ses constructions même à l’adolescence. Puis l’âge adulte lui sera une mission impossible à remplir.

Deux facteurs d’impossibilité se renforcent par la société qui sollicite tôt les jeunes mais qui les « laissent aussi se débrouiller » car il y a une forme de gestion « open to date » de l’enfance et de l’éducation. Et ce qui se cache à 18 ans ne se camoufle plus à 30. La fragilisation devient une faille qui se dirige vers un gouffre par les années qui passent. L’enferment du jeune qui vieillit, la crise identitaire devient une dépression chronique et la démarcation, l’affranchissement que le jeune aurait dû accomplir entre 18 et 25 ans, ne risque plus de réaliser sans un travail profond sur le sujet de l’enfance sur-active psychiquement. La distance intellectuelle entre être soi, s’accomplir et la capacité à mettre en place l’acte, la réalisation fragilise et l’engrenage de la dépendance se met en route. Pourtant dans le même mouvement, il y a une envie d’être soi, ce qui conduit vers une sensibilité, une exigence, au-dessus de la norme. Le jeune se mettra alors, plus ou moins, à tyranniser un parent, un proche adulte. Les relations peuvent se dégrader grandement comme c’est le cas parfois à l’adolescence. L’adulescent restera à ce stade et sera accusateur mais il sera également enfermé sur lui-même, sans percevoir une issue sereine se dessiner.

Suivant si les modes de vie sont positifs, il y aura un équilibre plutôt festif ou léger, sans quoi, il y aura agressivité et tiraillements, reproches, éclatements ou contradictions…

L’attitude de l’adulescent(e) s’exprime dans un moule ou le temps n’existe pas. Le passé, présent, avenir lui sont quasi inconnus dans leurs substances concrètes. L’angoisse se manifeste et entame une impression de chagrin, de nature mélancolique. Le mal-être du départ s’enracine dans l’affect et la déprime puis la dépression peuvent apparaître. Ils sont parfois suractifs et cachés derrière un bout-en-train très très actif. D’où la nécessaire prise en charge par un professionnel tel que le psychologue. Ce dernier aura pour « mission » de rapprocher les ratés vécus d’avec les émotions et les envies, les constructions initiales du caractère, de la personnalité de l’adulte en devenir.

Sylvie Michèle BRIERE, présidente.