Dépendance & sexualité

La porno-dépendance ou l’addiction à la pornographie.

Témoignage et réflexions.

Vous connaissez-vous certains risques liés au numérique comme l’omniprésence des smartphones dans les foyers, les problèmes de communication et d’échanges, l’intrusion des réseaux sociaux dans la vie privée ou encore l’addiction aux jeux vidéos.

Vous avez peut-être été confrontés à des adolescents indécollables des écrans, hystériques dès qu’on veut les éloigner de l’ordinateur, des jeunes qui restent enfermés des heures au lieu de sortir avec leurs amis.

Si l’addiction aux jeux ou aux réseaux sociaux existe, sachez qu’il faut être vigilant à une autre dépendance : la porno-dépendance ou addiction à la pornographie.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Avant tout, voici quelques petits rappels permettant de situer le sujet.

Qu’est-ce qu’une addiction ?

→ ≪ D’un point de vue scientifique et médical, les addictions sont des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou à une activité, avec des conséquences délétères. ≫(cf. drogues.gouv.fr)

Il existe deux types d’addictions/dépendances : celles relatives aux substances (alcool, molécules…) et celles relatives aux comportements (jeux…).

Toutes les addictions/dépendances ne sont pas reconnues officiellement, cependant certains symptômes comme ceux décrits de suite, permettent de detecter une addiction :

≪ Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance ou de jouer (craving)

• Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ou au jeu,

• Beaucoup de temps consacré à la recherche de substances ou au jeu,

• Augmentation de la tolérance au produit addictif,

• Présence d’un syndrome de sevrage, c’est-a-dire de l’ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la

consommation ou du jeu,

• Incapacité de remplir des obligations importantes,

• Usage même lorsqu’il y a un risque physique,

• Problèmes personnels ou sociaux,

• Désir ou efforts persistants pour diminuer les doses ou l’activité,

• Activités réduites au profit de la consommation ou du jeu,

• Poursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiques,

Présence de 2 à 3 critères : addiction faible,

Présence de 4 à 5 critères : addiction modérée,

Présence de 6 critères ou plus : addiction sévère≫.

(DSM 5 cite dans drogues.gouv.fr)

Sur notre site Association France Prévention vous trouverez également les articles suivants :

Nos addictions multiples : https://www.associationfranceprevention.org/Nos-addictions-multiples.html

Les jeux vidéos et prévention : https://www.associationfranceprevention.org/Les-jeux-videos-prevention.html

Je reviens au sujet initial : qu’est-ce que la pornographie ?

→ Présence de détails obscènes dans certaines œuvres littéraires ou artistiques ; publication, spectacle, photo, etc., obscènes (Larousse)

→ Représentation (sous forme d’écrits, de dessins, de peintures, de photos, de spectacles, etc.) de choses obscènes, sans préoccupation artistique et avec l’intention délibérée de provoquer l’excitation sexuelle du public auquel elles sont destinées (CNRTL)

Qu’est-ce que la porno-dépendance ou l’addiction à la pornographie ?

Vient un témoignage anonyme mais réel qui pourrait ouvrir la compréhension de cette addiction :

« J’ai rencontré un jeune homme qui me plaisait et que j’ai donc fréquenté de plus en plus régulièrement.

Au début nous avions de grosses difficultés à avoir une vie sexuelle, soit-disant pour des raisons de santé. Il a dit devoir se faire circoncire car nous n’avions pas de rapports possibles pendant des mois. Petit à petit, certaines circonstances me sont apparues incohérentes : mon ami disparaissait parfois pendant une heure au cours de notre rencart ou encore au milieu d’un repas entre amis. Il ne voulait jamais dormir à l’extérieur de chez lui et peu importaient mes tentatives, je ne lui faisais aucun effet. Il ne partait jamais au travail tant que j’étais chez lui, quitte à s’y rendre très tard. Un jour j’ai voulu lui faire une surprise, je suis rentrée sans avertir et là, j’ai compris ! Il était accro aux images pornographiques ! En bref, il ne pouvait pas quitter la maison afin de conserver son intimité particulière car il lui fallait faire usage d’un smartphone ou d’un ordinateur dans n’importe quel endroit. Il se soumettait à une consommation de pornographie, plusieurs fois par jour (plus de 5/6, parfois). Si sa dépendance restait inassouvie, elle provoquait son auto-isolement plus de deux ou trois heures, faute d’accès à ses outils de compensations. En cas d’impossibles accès à ses « outils », il se mettait dans des colères terribles. Il se levait la nuit pour consulter des images pornographiques dès mon endormissement. Il lui arrivait de « consommer » de la pornographie durant son activité professionnelle ou encore, de quitter le travail plusieurs fois dans la journée. Il était dans l’impossibilité de quitter la maison, le matin, sans avoir consulté des sites pornographiques. Tant et si bien que je m’en sentais mal, très mal car je ne comprenais pas ma propre place dans sa vie et mes observations n’étaient pas naturelles, pas amoureuses.

Alors, je lui en ai parlé. Je lui ai montré ses historiques, je lui ai fait remarquer qu’il quittait le travail et qu’il ne restait jamais avec ses amis pour cette raison. Déni total : j’étais folle, je mentais, l’ordinateur et le smartphone se trompaient… De plus malgré son impuissance sexuelle, il disait que tout allait bien dans le meilleur de son monde. J’ai insisté, persévéré puis après quelques mois il m’a dit : « j’ai un problème, je vais gérer, on n’en parle plus ». Malgré toute sa bonne volonté, il n’y est pas parvenu et une aide extérieure a été nécessaire. Cela prend du temps, on continue de travailler au sevrage. Éviter les images à caractère sexuel pour le sevrage n’est pas facile entre les clips, les films, la télévision… »

Il semblerait que de nombreuses personnes, notamment des hommes, soient concernées par ce phénomène, autant les adolescents que les pères de famille. Comme pour toutes addictions, les conséquences sont nombreuses : vie sociale et professionnelle affectée, dépression, repli sur soi…

Les images pornographiques se trouvent partout sur Internet et facilement stockables sur les ordinateurs, les smartphones. Certaines sont diffusées à la télévision. L’accès n’est pas toujours aussi restreint que ce que l’exige la loi. Les sites de vidéos et d’images pornographiques sont libres d’accès. De chez soit, chacun peut les consulter et qui plus est, gratuitement. La consommation est donc facile et la dépendance peut rapidement s’installer : pas cher, pas besoin de déplacement vers un sex-shop, accessible n’importe où, n’importe quand via un smartphones ou un ordinateur.

Comment protéger nos adolescents de ces risques ?

Même si les contrôles parentaux ne sont pas parfaits, ils permettent une certaine restriction des accès Internet. Seulement, les contenus Internet sont de toutes provenances et il est essentiel de dispenser une éducation à la sexualité.

Faire l’amour, oui, mais en se protégeant ! C’est important de ne pas devenir un voyeur, de comprendre ce que sont les fantasmes et comment se préserver moralement soi et les autres.

La jeune femme témoin a fini par faire comprendre à son ami que les images et les vidéos pornographiques étaient ≪ artificielles ≫. Pourtant, il n’a pas changé ses habitudes et il s’est même laissé entraîner par la tentation.

Comme lui, d’autres hommes se sont laissés aller. L’un d’entre eux, Florent Badou, s’en est sorti et a publié un ouvrage « Avant j’étais accro au porno≫ (2015). Sa préface a été rédigée par le professeur en psychiatrie et en addictologie Marc Auriacombe. Dans son ouvrage, Florent Badou présente ce qu’est la pornographie, quels sont les mœurs sur ce sujet, il décrit son chemin, comment d’une simple habitude, il a basculé vers cette addiction.

Je recommande ce livre à toute personne souhaitant en savoir davantage, ≪ accro ≫ ou non.

Il ne faut pas oublier deux notions importantes, la 1re est qu’il vaut mieux réfléchir avant d’être embarquer par soi-même dans une addiction que bien souvent, on déclare comme : « moi, ça risque pas de m’arriver ! »

Le seconde notion est que l’on peut désensibiliser une addiction et que cela se nomme un sevrage.

[sevrage : privation progressive d’une substance addictive, lors d’une cure de désintoxication. (Le ’syndrome de sevrage’ est un état de manque, c’est-à dire l’ensemble de troubles physiques -spasmes, douleurs, etc.- liés à l’arrêt volontaire ou accidentel d’une drogue, chez un toxicomane) ] Citation de l’ODE.

Le sevrage définitif est possible, il installe la bienveillance d’une vie plus tranquille, moins dépendante et donc, mieux choisie par une conscience en adéquation entre volonté et bien-être.

Sources :

http://www.drogues.gouv.fr/comprendre/l-essentiel-sur-les-addictions/qu-est-ce-qu-une-addiction

Autres articles :

https://www.associationfranceprevention.org/Accros-Sms.html

https://www.associationfranceprevention.org/Les-addictions-en-PDF.html

https://www.associationfranceprevention.org/Grossesse-et-tabac.html

https://www.associationfranceprevention.org/Drogues-legitimite.html

https://www.associationfranceprevention.org/Le-Surpoids-ou-obesite.html

https://www.associationfranceprevention.org/Soda-Sucre-SANTE.html