Burn Out : Situation 7, Roselyne, technicienne de laboratoire

Situation 7 : Roselyne, technicienne de laboratoire

Témoignage recueilli courant septembre 2015. Syndrome d’épuisement ou pas, ce récit met en garde sur la décision de soins, période de 2002 à 2014.

Épisode 1 Embauchée comme technicienne en 2002, dans un institut de recherches, je ne connaissais rien du travail et cela m’a pris un an pour apprendre en commettant beaucoup d’erreurs. Ma chef, en conflit avec la direction, a abandonné petit à petit son poste. Du coup, j’étais seule sur les projets et pourtant, « On » disait que mon boulot était digne d’un « poste-doc ». Je suivais des cours du soir pour valider un diplôme d’ingénieur et corriger mon abandon d’études. Au final, mes journées commençaient à 10 h pour finir à 3 h du matin ! Au printemps 2005, la direction me demande de partir avec la société à l’étranger car « là-bas », il y a des sous pour la recherche ! C’était inespéré ! Je signe pour trois ans. En attendant, ma chef finalisait un article sur mon boulot mais sans moi. Je n’ai pas pu le lire avant sa publication… Mon professionnalisme fut perturbé car la conclusion des hypothèses et des analyses débouchait sur un "ce n’est pas possible". Alors j’ai commencé à faire du présentéisme, en attendant le départ vers l’Asie.

Épisode 2 Une fois installée, la direction ne me supervisait toujours pas. Je fis encore du présentéisme, faute d’être installée par un encadrement. Un premier incident eu lieu le jour où je finissais une réunion en pleure, en crise de nerf et d’angoisse. Personne ne comprit pourquoi. Le nouveau laboratoire fut lancé et j’eus un autre supérieur qui ne s’inquiétait pas car je gérais ! J’élaborais des manipulations qui n’aboutissaient pas et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi, alors qu’autour de moi on me disait « c’est plus simple », « ça devrait marcher ». Dans cette ambiance, je ne parvenais pas à me poser, ni à réfléchir. Je tournais à faire et à refaire les mêmes procédures inutiles, contradictoires ou sans ouverture.

Je mets au monde mon premier enfant pour faire une pause grâce au congé maternité de 2 mois !

Épisode 3 Je suis virée du laboratoire, ayant eu une mauvaise évaluation ! J’en veux à mes supérieurs de ne pas m’avoir parlé, j’avais besoin d’aide sans parvenir à en demander. Je suis reclassée dans un autre laboratoire supervisé. Ne voulant pas quitter mon bébé trop tôt, ma chef m’octroie un congé supplémentaire. La reprise sera à mi-temps à condition de produire le même travail qu’à temps plein. Mes congés n’en sont pas entre mon nouveau-né et l’accident cardiaque de mon beau-père. Nous rentrons tous en France où je gère l’intendance, le bébé, les longs trajets quotidiens et l’humeur. Heureusement, mon beau-père se rétablit et nous pouvons repartir pour Pulau Ujong. Ma fille a six mois. Je suis obligée de travailler car notre permis de séjour est soumis à mon salariat et mon mari n’a qu’un visa de dépendant. Si je quitte le travail, nous avons 15 jours pour partir. Je commence à sentir le poids des responsabilités et je fais des cauchemars où je finis écrasée ! Ma chef reste indulgente, sans pouvoir m’aider sur mes travaux expérimentaux. Elle voit que je stagne et elle propose une autre fonction. C’est refusé par les DRH : « on vous paie plus qu’une technicienne locale donc si c’est pour faire le boulot d’une locale, ce n’est pas la peine ! ».

Épisode 4 Je suis souvent malade. J’épuise vite mes faibles droits aux congés maladie et mes congés payés servent aux soins. Je décide de faire un autre bébé pour obtenir deux mois de congé maternité mais je fais une fausse couche. J’ai le sentiment d’être complètement au bout du rouleau. J’arrive de plus en plus tard au labo, je trafique des faux résultats pour écrire que j’ai essayé.

Quelques temps plus tard, je suis de nouveau enceinte. Un jour je m’écroule, je hurle ! Une peur panique m’envahit et mon esprit commence « à sortir de moi ». C’est l’époque du "hungry ghost festival" , un fantôme veut prendre ma place dans mon corps ! Ce dernier ne répond plus, je suis paralysée du côté droit ! Je lutte, je ne crois pas aux fantômes ! Je reprends mes esprits, je sens mon bras, je bouge de nouveau un petit peu. Aux urgences, le docteur ne comprend rien à mes explications mais je suis étrangère, alors c’est normal. Il diagnostique une baisse de tension et me donne un jour de repos. A la maison, quand le sommeil vient si difficilement, je lutte, j’ai peur, j’ai l’impression de partir… Le lendemain, je vois un autre médecin. Il teste la force de mes bras et de mes jambes, beaucoup plus faible à droite et il me dit d’aller aux urgences de nouveau. Là-bas, on m’annonce : « AVC ! ». Je reste une semaine à l’hôpital et je sors avec un mois d’arrêt. Quand je demande aux docteurs si cela est dû au stress, on me répond : « Non, vous n’avez juste pas eu de chance ! Ça arrive parfois et un peu plus aux femmes enceintes ! »

Épisode 5 et fin ! Me voici en septembre 2009, mon contrat se termine en janvier 2010. Lorsque je reprends mon travail, je n’arrive pas à tenir mon stylo, ma signature d’émargement est illisible. J’ai une sciatique, je suis encore enrhumée et proche de l’accouchement, sous 35°C. Mon mari se dit fatigué, aussi.

Un jour, j’explose de colère en plein restaurant. Alors, mon époux négocie un visa de travail et de séjour, à part entière. Ça y est, je n’ai plus la pression ! Je peux arrêter de bosser. Je vais néanmoins jusqu’au terme de mon contrat. Lors de mon départ, je coche toutes les cases au questionnaire de "pourquoi nous quittez-vous ?" : « Parce que je n’aime pas mon travail. Parce que j’ai des problèmes de communication avec mes supérieurs. Parce que j’ai des problèmes de santé. Parce que je veux me consacrer à ma famille, parce que… parce que. Parce que je ne tiens plus du tout ! » J’achève ma grossesse sans encombre mais peu de temps après l’accouchement, je change de traitement et je refais des AIT (mini AVC). Les crises de panique réapparaissent, je développe des arythmies cardiaques et je multiplie les courts séjours hospitaliers. Je n’ai plus de force alors que je dois m’occuper des enfants. Je suis au plus mal. Au final, nous décidons de déménager en 10 jours et nous rentrons tous en France.

Depuis, je me reconstruis doucement. J’ai mis un an pour retrouver une forme digne d’une grand-mère puis un an, à me rendre compte que j’avais probablement fait un burn-out . Deux autres années ont été nécessaires pour envisager la reprise d’un travail, un jour. Puis encore un an, pour me décider à consulter un psychologue, chose que je n’ai toujours pas faite.

Commentaire de l’auteure : J’avoue ne pas comprendre l’idée de mettre au monde un enfant pour obtenir un congé de deux mois.

Questions au Drh : L’employeur a-t-il des mesures à prendre lors d’un emploi exercé dans une structure internationale ? « Tout salarié, relevant du droit du travail français ou d’un autre pays de l’Union européenne (UE), envoyé par son employeur à l’étranger, doit disposer d’un contrat de travail écrit. Ce contrat contient obligatoirement certaines informations ou clauses obligatoires, dès lors que la mission à l’étranger dépasse un mois. En voici quelques unes : - la durée des congés payés,

  • le préavis à respecter par le salarié et l’employeur en cas de rupture du contrat,
  • la durée de travail journalière ou hebdomadaire normale, - si besoin, les conditions de rapatriement du salarié. Que le contrat soit de droit français ou de droit local, il est recommandé qu’il contienne certaines clauses, comme :
  • l’objet du contrat,
  • la couverture sociale,
  • les conditions de réintégration à l’issue de la mission à l’étranger,
  • les conditions de rupture du contrat,
  • la loi nationale applicable au contrat,
  • le juge compétent en cas de conflit . »

Extraits « Le syndrome d’épuisement » Sylvie BRIERE, 2016

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